CHAPITRE 2: LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
À l'été 1914, à Sarajevo en Bosnie-Herzégovine, un jeune fou assassine un archiduc et voilà-t-y pas une guerre mondiale lancée. En tant que colonie britannique le Canada doit suivre l'Angleterre dans sa guerre contre l'Allemagne et le 6 août
1914 le Premier ministre Borden lance la mobilisation d'un Corps expéditionnaire canadien.
1914: Naissance du 22e bataillon
Rapidement, à partir des unités de Milice déjà existantes, les bataillons sont levés et numérotés. Le camp Valcartier est crée pour rassembler et entraîner le Corps expéditionnaire avant d'être envoyé en Grande-Bretagne.
Un riche financier canadien, Andrew Hamilton
Gault, de sa propre initiative, lève son propre bataillon de plus de
1000 hommes vétérans de l'armée anglaise sur ses fonds propres offrant
ainsi au Canada un de ses fleurons glorieux: le Princess Patricia's Canadian Light Infantry. Le PPCLI, commandé par le lieutenant-colonel Farquhar (Gault préférant le rôle de commandant de
compagnie pour être sûr de voir plus d'action) sera la première unité
canadienne à entrer en action, avec la 27e Division britannique le 4
janvier 1915.
Pour ne pas être en reste et venir au secours de la France qui se fait sacrer une rince par l'Allemagne, les élites politico-clerico-intellectuelles du Québec exigent du ministre de la Milice, Sam Hughes, la création d'un bataillon canadien-français. "Nous aussi, on veut aller se battre contre les Allemands", crièrent les élites canadiennes-françaises. Sam Hughes accepta leur demande et autorisa la création d'un bataillon canadien-français. C'était le vingt-deuxième bataillon crée pour le Corps expéditionnaire alors on le
nomma "22nd battalion, french-canadian".
Le jour du départ du 22e bataillon, en octobre 1914, les élites se félicitèrent, se louangèrent, dirent au
revoir aux soldats, et s'en retournèrent au club fumer le cigare pendant que le navire quittait Québec pour la Grande-Bretagne.
Ypres 1915: Le baptême du feu
Après une période d'entraînement sur les plaines de Salisbury en Angleterre, le Corps expéditionnaire canadien est envoyé sur le Continent, dans la région d'Ypres (Belgique)
en avril 1915. C'est là que, le 22 avril, les Allemands lancèrent la
première attaque au gaz mortel de la guerre. Après un violent
bombardement les Allemands lâchèrent 160 tonnes de gaz moutarde sur les
lignes alliées. La surprise fut totale.
C'en fut plus que les 87e (Territoriale) et
45e (Algérienne) divisions françaises pouvaient supporter et elles
s'enfuirent, laissant un trou de 5km sur le flanc gauche des Canadiens.
Ceux-ci, sans protection contre le gaz mortel, tinrent bons et
réussirent à contenir l'avance des Allemands, évitant ainsi une
catastrophe pour les alliés. Le prix à payer fut très cher: en 4 jours
plus de 6000 hommes furent tués ou blessés. Les PPCLI, avec la 27e
Division britannique furent réduit de 1000 à 150 hommes sans concéder un
pouce de terrain à l'ennemi. C'est ainsi que les Canadiens méritèrent le
respect de leurs alliés.
Les Canadiens participèrent aux offensives à
Festubert et à Givenchy à l'été 1915 dans une opération mal préparée qui
résulta en peu de gains et beaucoup de pertes. Le 22e bataillon
participa à toutes ces batailles accusant des pertes sévères et
apprenant l'art de la guerre sur le tas, faisant rapidement des progrès.
C'est à ce moment que le 22e bataillon connu son premier héros, le
caporal Roland Cadorette, de Plessiville.
Un premier héros
La section du
caporal Cadorette fut envoyée en avant pour couvrir la construction d'un
bunker dans la région de Saint-Éloi (Belgique). Pris sous le tir
plongeant d'une mitrailleuse allemande, tous les hommes de la section
furent rapidement blessés et le sergent tué. Profitant d'un enrayage
fortuit de la mitrailleuse, le caporal Cadorette se lance à l'assaut
malgré une blessure à la jambe. D'un jet de grenade il tue les servants
de la mitrailleuse et, découvrant un autre nid de mitrailleuse plus
loin, il utilise celle qu'il vient de capturer pour en tuer les
occupants. Pas encore satisfait de ce résultat, il rejoint ce nid et
découvre une casemate bourrée d'Allemands qu'il détruit avec une
grenade. Avec sa dernière grenade il fait exploser la mitrailleuse puis
rejoint sa section avec la première mitrailleuse qu'il a capturée. Il
s'en servira pour couvrir le repli de ses camarades et resta en place
jusqu'à la finition du bunker.
Le Twenty Second devient le
Vandoos
En 1916 c'est l'offensive de
la Somme, opération désastreuse et coûteuse pour les alliés malgré
l'entrée en jeu d'une nouvelle arme: le char. L'attaque tourne mal dès
le début avec les Allemands qui exterminent les troupes britanniques à
la mitrailleuse pendant que les chars brisent tout seuls, l'un après
l'autre. Les Canadiens aussi dégustent: le Newfoudland Regiment
est anéanti en moins de 20 minutes. Le 22e bataillon participe à
l'assaut de Courcelette où il combattra les Allemands dans de sauvages
combats corps-à-corps avec des pelles comme arme principale durant trois
jours. Au bout du compte, les Allemands sont chassés de Courcelette et
les Canadiens-français ont impressionné beaucoup de monde.
Malgré le désastre de la Somme et de très
ardus combats contre des Allemands résolus et expérimentés, le 22e
bataillon parvient à avancer, pouce par pouce et à enlever des positions
à l'ennemi à l'automne après un été fort en action. Les Anglais
remarquent le 22e et changent d'attitude. Au début de la guerre en effet
ils étaient plutôt méprisant envers les "Froggies" de la forêt
canadienne, mais maintenant ils les considéraient commes de courageux et
très combattifs soldats d'élite à qui il ne faut pas chercher des
embrouilles. Ils commencèrent même, par signe de respect admiratif, à
désigner le bataillon par son nom français. Dans la bouche d'un Anglais
"vingt-deux" sonne "van doo" d'où le surnom qui lui est resté de
"Vandoo", les membres du bataillon n'étant plus appelés "Frogs" mais
"Vandoos". Le Canada s'était trouvé un autre fleuron glorieux et avec
les Vandoos, il n'allait pas tarder à les accumuler.
1917, la Crête de Vimy: les Vandoos
triomphent
Au printemps 1917 les
Français partent en peur et lancent une grande offensive sous la
direction du général Nivelle. Les Allemands, morts de rire, démolissent
les Français qui bien sûr dans ces cas-là s'écrasent. Après un mois
d'efforts ils ont progressé de moins de deux kilomètres au coût
exhorbitant de plus de 100 000 hommes. L'armée française est dans un
profond désarroi, sur le bord de la mutinerie générale. Nivelle est
saqué et Pétain vient la sauver, mais entretemps, il faudra occuper les
Allemands. On demande aux Canadiens de s'en occuper.
L'objectif des Canadiens est la Crête de Vimy
une hauteur fortifiée tenue par les Allemands que ni les Français ni les
Britanniques n'ont put conquérir. Les Canadiens à cette occasion
découvrirent un nouveau concept: "Préparons plus pour saigner moins". À
cet effet des centaines de pièces d'artillerie furent massées, des
dizaines de tonnes d'obus emmagasinés, et pendant des semaines un
bombardement incessant pulvérisait les positions allemandes tandis qu'à
l'état-major du Corps canadien on étudiait en détail des photographies
aériennes de l'objectif. Pendant ce temps les sapeurs creusaient des
tunnels sous le No-man's-land et les troupes d'assaut, à l'arrière,
répétaient la manoeuvre pour le grand jour.
Le grand jour arriva à 5h30 le 9 avril 1917.
Les Canadiens, Vandoos en tête, montaient la pente de la Crête de Vimy.
Le déluge de feu des semaines précédentes n'avait rien laissé des
tranchées allemandes et, comparé aux batailles précédentes, ce fut
presque une promenade pour les Vandoos qui atteignirent le sommet de la
crête avec peu de pertes (10 000), fruit d'obus canadiens tombés trop
court et d'un peu de résistance des germaniques.
Les Allemands lancèrent bien de furieuses
contre-attaques mais, pour la première fois de la guerre, les Alliés
n'étaient pas dans la plaine en regardant en haut, mais en haut en
regardant vers la plaine. Ce fut au tour des Vandoos de faucher vague
après vague d'infanterie ennemie à la mitrailleuse comme au tir à la
dinde. Les Vandoos étaient au sommet et c'était pour y rester. Ce fut le
point tournant de la guerre. Après Vimy, l'initiative était aux Alliés
et l'issue du conflit, inexorable. La France, après la guerre érigea un
monument aux canadiens, la Croix de Vimy, au sommet de la crête. En 1923
elle offrit la Croix au Vandoos et vous pouvez la voir si vous visitez
la Citadelle de Québec.
Suite à la Somme et surtout à Vimy, les
Allemands reconnurent que le fer de lance des Alliés, c'était les
Canadiens. Interceptant cette information, le commandement Allié décide,
puisque l'armée française n'est pas encore prête pour reprendre ses
grandes offensives, d'immobiliser des forces allemandes dans un secteur
insignifiant du front en envoyant les Canadiens dans un cloaque.
À Passchendaele, les Vandoos durent se battre
avec la boue sous l'oeil amusé des Allemands. Les positions canadiennes
dans la plaine avaient été inondées et les pluies diluviennes avaient
transformé la place en une mare de boue à perte de vue. Une boue,
liquide, grasse, collante, de vrais sables mouvants qui avalaient les
hommes sans avertissement. Il fallait patauger, nager misérablement dans
des mètres de boue pour monter à l'assaut des lignes allemandes sous le
feu nourri des mitrailleuses. Cette diversion fut une coûteuse épreuve
de plusieurs mois où, encore une fois, les Vandoos surmontèrent
l'adversité avec style grâce à des hommes comme Léopold Gibouleau, de
Matane.
Un héros parmi tant
d'autres
C'est à la bataille de la
cote 70 que le soldat Léopold Gibouleau se distingua. Au cours d'un
assaut repoussé par les Allemands, il est séparé de sa section en
tombant dans un cratère. Alors que l'ennemi contre-attaque il est coupé
de son unité derrière les Allemands. Plutôt que de chercher à fuir ou à
se rendre, il saisit l'occasion de frapper l'adversaire. Avec une
mitrailleuse Lewis, il abat une dizaine d'ennemis d'un coup. Quand
ceux-ci se tournent vers lui, il ouvre le feu avec son fusil faisant
mouche à chaque coup. À cours de munitions, Gibouleau surgit du cratère
et charge l'ennemi à la baionette. Médusés, les Allemands ne réagissent
qu'après qu'il ait eu le temps d'en tuer deux, avant qu'un officier ne
réussisse à le blesser d'une balle de pistolet à la cuisse. Léopold
Gibouleau le tue d'un coup de baionette, s'empare de son pistolet et
tire sur les Allemands autour de lui. Ceux-ci bien que sept contre un
maintenant, s'enfuient. Pas démonté pour un sou, Gibouleau ramasse un
fusil qui traîne et tire sur les fuyards, en tuant quatre autres et en
blessant un cinquième qu'il capture et ramène aux lignes canadiennes.
Léopold Gibouleau mourra de la gangrène suite à l'infection de sa
blessure quelques jours plus tard.
1918: Ça achève
En 1918 les
États-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne rendant la victoire alliée
inexorable. Les Allemands se lancent alors dans une série de grandes
offensives faisant usage de nouvelles tactiques de combat dynamiques. Le
front allié plie sous le choc mais ne se rompt pas. Épuisée, exangue,
l'Allemagne signe l'armistice qui doit entrer en vigueur le 11 novembre
à 11 heures. La guerre est finie. L'Europe est ruinée, le Canada est
devenu une nation, les Vandoos rentrent à la maison.
Débarqués à Québec, les Vandoos sont
acceuillis par les élites québécoises qui se félicitent, se louangent,
s'auto-congratulent avant de retourner au club fumer le cigare.
Il avait été prévu que, la guerre terminée,
les bataillons du Corps expéditionnaire canadiens soient dissouts.
Cependant Sam Hughes, le ministre de la Milice, reconnaît qu'il serait
très malpoli de dissoudre le PPCLI et le 22e bataillon après les grands
services que ces unités ont rendu au Canada. Ces unités seront intégrées
au sein de la nouvelle armée régulière canadienne, le 22e Bataillon
devenant le 22e Régiment d'infanterie du Canada, cantonné à Québec dans
la citadelle, profitant d'un repos du guerrier bien mérité.
Les Vandoos n'allaient cependant pas pouvoir
en profiter longtemps.
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